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20.09.2006

Agences, Episode 3 : "The Movie" produced by Neurones Cycliques

Face à Takeshi Lopez et Bricole, il aurait été impossible d’omettre Neurones Cycliques, l’agence crée par deux transfuges d’Encéphalogramme Plat.

Dix-huit mois plus tôt, le départ de  et son directeur général Maxence Driscoll et celui de la création Ludwig Lang avait fait pas mal de bruit (d’autant qu’ils avaient eu l’invraisemblable culot de partir avec le budget « agrumes froids » du groupe Voluptés Lipides. Un casus belli. Mais surtout, on ne pouvait les laisser de côté car le tandem avait déjà travaillé pour 20 minutes.

Car  avant cette mini-compét’, il y avait eu le film.

C’était au printemps dans le joli quartier de la Défense. Le scénario – ça y est, tout de suite l’hyperbole... – précisait que l’action devait se situer pendant une pause déjeuner, sur un banc, où un type passait courtoisement un objet à un autre (on restera vague, d’accord ?). Le rendez-vous avait été fixé à 8h30, ce qui me semblait logique pour une action censée se situer à l’heure de pointe. Le camp de base était installé dans un café de la dalle, semblable  à tous les autres. Compte tenu de l’ambition du film (et des moyens du client), je m’attendais à une équipe plutôt légère. Erreur. Dans le troquet désert, au moins douze personnes sont déjà à poste. Manque juste le réalisateur, Douglas Phinalcut.  Il est arrivé la veille de Londres avec son assistante Truculla Mikli, une finlandaise polyglotte. Une mini-star dans son secteur, le Phinalcut. A en juger par le DVD de ses oeuvres complètes, il a de l’humour, un sens de la formule cinématographique, du talent. Pour l’instant, on en est aux préparatifs. Sur un portant, une douzaine de tenues aux couleurs chatoyantes (gris clairs, gris foncés, des verts dans les mêmes tons, on dirait la garde-robe d’un film des frères Dardenne dont le styliste serait en dépression). L’acteur principal a dû faire la fête car il a une tête d’oreiller. Son texte est vite appris (il doit dire «merci» au best supporting actor, mais en y mettant le ton, quoi merde).  Une demi-heure de maquillage, un costard déstructuré (non, Paul Smith ne regardez pas vous vous faites du mal) et il a l’air d’un SDF douché. Ce sera dur d’en faire un cadre fringuant en train de prendre le soleil sur un banc. Et ce n’est pas le script – une demi-page écrite en corps 24 – qui va aider. Après une grosse heure plutôt statique, mon amusement a fait place à une curiosité teintée d’impatience. Entre temps, Doug Phinalcut est arrivé, flanqué de sa finlandaise. Il pinaille sur le costume du cadre-SDF. Ca risque d’être long. Je m’en vais. Il est dix heures. Ils  commenceront à tourner vers midi et jusque vers 19 heures.

Lors d’un premier visionnage deux ou trois semaines plus tard, on comprend. Personne ne contrôle personne dans ce joyeux business. Le client (nous), n’a aucune influence sur le directeur de la création de l’agence, lequel n’a aucune influence sur le réalisateur, lequel n’est même pas cadré par un script qui tient la route. Donc Phinalcut a essayé jusqu’à la dernière cassette tout ce qui lui passait par la tête. Mais, tout en restant dans le subtil. «Alors là, on vous montre trois versions», explique le créatif. Les différences sont à la fois minimes et consternantes. Pas dix secondes qui tiennent la route. En plus, la balance des blancs semble avoir été faite par Ray Charles, les réglages de couleurs par Stevie Wonder.  « Bien sûr, [l’image] n’est pas étalonnée ». Bien sûr. Il va falloir faire appel au Michel Ange du mélangeur de couleurs si on veut récupérer quoi que ce soit. J’ose : « Heu, c’est tout ce que vous avez tourné ? Je veux dire... on a des variantes possibles ?
— Ne vous inquiétez pas, on va refaire un montage.
— Non, parce que là, dans les trois, on a le SDF qui a l’air de lorgner sur le sandwich du type sur le banc, donc je me demande si vous avez juste de quoi faire…
— On va le remonter, no souçaille. On va trouver »  

Ils ne trouveront pas. Ce film qui devait être modeste, l’est resté, avec la conviction butée propre à la médiocrité.

Des mois plus tard, je tomberai sur la facture (qui se monte quand même à plus de 30.000 euros, un tarifs largement déflaté à cause de l’insatisfaction du client) ; l’item «interprétation» (les deux mecs sur un banc) est chargé à 3000 euros, le gag est que l’un des « acteurs » se révèlera être l’employé d’une autre agence qui se faisait un petit extra, sans doute pour son book numérique (Hollywood est loin, vieux). Ma ligne préférée reste quand même les 280 euros figurant à la rubrique «Pellicule labo», ce qui pour un film tourné en vidéo relève de la création pure. 

Ma conclusion de cette observation empirique, mais néanmoins instructive : les marques qui font réaliser leurs films par Joseph Kosinski (je prends volontairement l'exemple de ce réalisateur qui fait des trucs délirants pour des produits qui n'existent pas toujours) pour 600.000 ou un million de dollars en ont bien plus pour leur argent que  nous pour nos 30.000.

La publicité à une contrainte et un savoir-faire. La contrainte, c’est de nourrir son abondant écosystème qui ne marche que si chaque composante -  du protozoaire cillié (la stagiaire payée 30% du smic) au grand saurien de la comm -  peuvent capter leur part. Le savoir-faire, c’est l’aplomb face au client qui est comme un gnou pris dans les phares d’une land-rover.

Next on foot note : la mystérieuse planneuse-stratégique... Le CCS (Copié-Collé-Sauvage), l’arme fatale en matière de gestion... Blair Witch, ou la contre-doctrine...

Commentaires

"Comme un gnou pris dans les phares d'une Land-Rover".
J'espère que t'as pas déposé ça?
Que t'as pas là-dessus un milliard de copyrights?
Non parce que j'aime autant te prévenir que ça vient de passer direct sur le sommet de ma pile de:
Formules-qui-tuent-leur-mère-à-recaser-d'urgence.
;)

Ecrit par : Sébastien Fontenelle | 20.09.2006

Quand on fait travailler Fohr et Barthuel ce n'est pas la modestie qu'on recherche en meme temps. D'autre part, je me permets de rappeler que 99francs est sorti il y a quelques annnées et que l'avoir lu aurait fait gagné quelques 30.000€ à l'auteur.

Ecrit par : thomas | 20.09.2006

Bonjour,

Je suis tombé sur votre blog en faisant des recherches sur Anne Nivat. Apparemment, vous vous connaissez. J'apprécie beaucoup les écrits de ma consoeur et mon but serait de la contacter. Je travaille sur la même région qu'elle, essentiellement en Irak, et pour quelques journaux en communs (comme Ouest-France ou Le Point).
J'ose donc vous demander ses coordonnées pour pouvoir la joindre (Mail ou téléphone), bien-sûr si vous (et elle) êtes d'accord.

Bien à vous,

Feurat Alani.

Ecrit par : Alani | 20.09.2006

j'adore les trilogies...
et je comprends pourquoi votre blog n'était pas alimenté si souvent - mais là il faut prendre du recul!!!!!! mais je n habite ni à paris et ni travaille dans les médias ou la pub!!

Ecrit par : DANS LA SUITE | 21.09.2006

Dis donc, Frédéric,

Tu ne voudrais pas prendre quelques cours de français, non ? Genre pour faire moins de fautes. Ou alors tu ne voudrais pas partir très loin, genre aux Etats-Unis pour essayer de leur vendre ton torchon, aux Ricains. Qui se marreraient bien avec les titres-jeux de mots à balle-deux et les toffs ratées prises avec un appareil jetable genre pour imiter Libé.
Au fait, ça n'a rien à voir, mais pourquoi tu en veux autant à Libé, ton ancien employeur, je te le rappelle.
Bon sinon, j'ai vu Sarko hier. Il m'a dit que c'était OK. Que dès qu'il était aux manettes de la France (ce futur nouvel Etat des USA), il te nommait directeur de la rédaction de TF1. Tu serais bien, là, non ? Même esprit, même prétention, même bêtise, quoi.

Privet,

S.

Ecrit par : Sasha | 24.09.2006

Ce monsieur n'écrit pas si mal. Quelques erreurs de frappe juste... mais l'intérêt, c'est l'histoire, monsieur. Quand tu dis Sarko, tu penses à monsieur Sarkozy ?

"Sarko", c'est un nouveau super héro de mangas japonais ?
Tu sais, quand il arrive, filmé de dessous, tout tremblant de latex, avec son nom écris en japonais dessous ?

Donc je vois pourquoi le monde de la com. m'intéresse autant que celui de la politique... de la bonne m.e.r.d.e que tout ça.

Et dire que tout ces gens qui parlent, parlent, et parlent, ont le droit de vote...

Bon courage

Ecrit par : Steph | 25.09.2006

César

52 ans l'air fier, l'allure jeune en ras du cou sombre près du corps, la
barbiche séductrice taillée en forme d'intelligence, César Plon est en passe
de devenir enfin quelqu'un. Ses échecs successifs dans la publicité puis dans un
grand journal de gauche, l'ont aigri mais il n'en montre rien préférant
attendre son heure.
Eléonore Mon Ombre, elle, est visiblement mal à l'aise. Tétanisée devant
un tel génie, par ce trop plein de neurones et de testostérone, qui vient de
liquider sa supérieur hiérarchique en lui offrant du même coup le poste désormais vacant.
Eléonore a les yeux qui bougent dans tous les sens mais ne dit mot. Comme lors
des déjeuners dominicaux de mon enfance, elle ne parle que quand une grande
personne lui pose une question et bafouille alors une réponse afin qu'on ne
comprenne ni sa pensée ni ses mots.
Mais revenons à César. C'est lui qui mène le bal : jovial, curieux, vif, très
belle écoute. Un vrai patron d'aujourd'hui. Mais au fond de lui, César est soucieux car la
supériorité de son intelligence en regard de celle de ses interlocuteurs est
telle qu'il a peur que le décalage se voit. Alors il est gentil, il parle
lentement, il nous montre ses belles dents blanches tout le temps.
Evidemment, il est persuadé que ce que nous lui présentons aujourd'hui ne vaut
guère. Qu'il aurait pu faire mieux, que ce n'est que du vent, que cela coûte
plus que ne vaut... Bref César regarde d'en haut tout en échangeant des
regards entendus avec Pénélope qui ne sait pas trop si elle doit répondre,
penser ou lui servir un café.
César parle bien mais son discours est brouillon; il faut dire que ce qu'il
doit nous démontrer est complexe : il dirige un journal qui marche bien (il
nous demande en tous cas d'en convaincre le plus grand nombre), mais qui ne gagne
pas d'argent (normal il est gratuit). Jusque là tout est clair bien que
s'aventurant dans un zone qui pourrait devenir dangereuse.
Puis César nous explique que ce dont il a besoin ce sont des campagnes de
publicité qui vont l'aider à devenir riche (enfin son journal) mais qu'il faut
que ça ne lui coûte rien... Là ça devient plus compliqué. Heureusement César a
des idées sur la manière d'y parvenir, nous allons faire comme lui :
travailler gratuitement.
Il est génial ce César, pourquoi n'y avions nous pas pensé plus tôt. Le seul
problème c'est que César n'a pas osé nous le dire directement (César est trop
fier pour ça) alors il a chargé la pauvre Pénélope de nous l'expliquer. Nous
voilà bien (cf. infra). Elle était bien embarrassée la pauvre et je la
comprends. Mais pleine de reconnaissance envers celui qui lui avait valu une
telle promotion, elle s'acquittera de sa tâche avec courage et bégaiement.
Cher César, je dois dire que j'ai vu des grossiers personnages dans ma vie
professionnelle mais des faquins de ton espèce j'avoue que c'est la première
fois. Mettre autant d'énergie et de venin à mépriser ceux qui se sont
passionnés pour ton journal...
En fait j'aurais détesté travailler pour toi. A voir la tête de Pénélope, je
crois qu'elle non plus elle n'aime pas.
Ton sujet est plus noble que toi, tu n'aurais pas du t'appeler César. Tu ne le
mérites pas.
Je t'appellerai donc Frédéric.

Ecrit par : Emmanuel Collin | 26.09.2006

Les commentaires sont fermés.

 
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